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Tribune : Pour la création d’une Agence de coopération culturelle en Ile-de-France

  Mardi, 10 Avril 2012 11:47
Actualité / Région Ile-de-France

arcadiLa campagne électorale qui se déroule actuellement évoque, somme toute, assez peu les enjeux culturels.

Pourtant, le monde des arts et de la culture ressort, comme d’autres, esquinté de ce quinquennat : c’est d’abord la question de la baisse du budget, notamment dans le domaine du soutien au spectacle vivant, qui est la plus sensible. Mais c’est aussi un discours malthusianiste : rappelons-nous la lettre de Nicolas Sarkozy à sa ministre de la Culture, Christine Albanel dans laquelle il proposait de ne plus soutenir que ce qui était jugé comme excellent ou rentable, laissant dépérir une bonne partie de ce qui fait la richesse et la diversité de la culture en France.

Si l’alternance l’emporte, le premier enjeu sera de remettre la culture au cœur des politiques publiques.

Mais ce ne sera pas le seul.

En effet, la question de l'organisation publique territoriale est une nouvelle fois posée. Dans le secteur culturel, elle est récurrente malgré les innombrables instances de concertation mises en place depuis plusieurs années : Entretiens de Valois, réforme des collectivités territoriales et de l'État, réforme fiscale, conférences régionales, schémas territoriaux. La Loi sur la réforme des collectivités territoriales initiée par le gouvernement actuel n'a pas réellement apporté de réponse claire : la culture reste, comme le sport et le tourisme, sur une exception de compétence partagée.

La première réponse doit être de mettre en route un nouvel acte de la décentralisation culturelle. En effet, si le modèle de décentralisation culturelle, initié dans les années 60 et mis en place dans les années 80, a créé une véritable dynamique de développement de la culture sur tout le territoire, il cherche aujourd’hui un second souffle.

Cela ne peut pas se faire, comme précédemment, avec la seule parole descendante de l’Etat. La mise en place des politiques culturelles ne peut plus se réfléchir seule compte tenu de la diversité d’enjeux de société et d’acteurs que cela recouvre. (Pour mémoire, les collectivités territoriales interviennent à plus de 70% du budget global des financements culturels publics). Il faudrait donc créer des espaces de réflexion et de co-construction des politiques publiques entre l’Etat, les collectivités territoriales, les artistes et les publics.

Il importe, par ailleurs, de réaliser une nouvelle étape de la décentralisation culturelle à travers un schéma de développement culturel du territoire s’appuyant sur les dynamiques territoriales avec une répartition des compétences. Cela se fait déjà dans le domaine du logement et du transport. Les EPCC et les agences culturelles régionales pourraient ainsi prendre toute leur place dans l’organisation d’un nouveau pacte culturel territorial.

Alors que la Réforme générale des politiques publiques a considérablement recentralisé l’intervention de l’Etat et a conduit à une baisse significative de l’accompagnement des territoires, la politique de conventionnement territorial du Ministère de la Culture, qui avait permis de faire émerger des dynamiques locales, sera relancée.

En Ile-de-France, ce débat va recouvrir un autre enjeu : l’émergence ou non d’une métropole culturelle.

La métropole francilienne concentre une part très importante de l’activité artistique en France : jusqu’à 80% suivant les différentes disciplines et formes d’expressions artistiques. Cette image flatteuse est cependant à nuancer et à compléter par des données plus "qualitatives", notamment parce que l'activité culturelle en Ile-de-France est très inégalement répartie sur le territoire où coexistent des zones de foisonnement culturel et des zones moins bien pourvues.

Bien que en Ile-de-France se concentre une majeure partie de l’action des pouvoirs public  il n’existe ni plan ni schéma directeur des politiques publiques dans le domaine culturel. De ce fait, les politiques menées par les pouvoirs publics manquent parfois de cohérence entre elles. L’Etat, dont le rôle devrait être de réguler l’action publique, n’échappant pas à cette règle.

La cause n’est pas à rechercher dans les querelles partisanes ; c’est plutôt le fruit de l’histoire de la mise en place des politiques publiques en Ile-de-France. Depuis les années soixante, chacun a ajouté une strate d’intervention publique, au fur et à mesure qu’il ambitionnait de mener une politique culturelle forte, ne se posant pas toujours la question de la complémentarité avec l’existant.

Les conséquences de cette absence de concertation territoriale sont de plusieurs ordres :

D’abord, c’est ce manque de concertation aboutie qui a laissé les porteurs de projet et certains rouages de l’action publique (DAC, élus) isolés dans leur action, sans cadre référentiel fort ni objectif commun. Les réponses à certaines questions, comme l’aménagement culturel du territoire, les publics, la diversité des formes soutenues, les partenariats entre le public et le privé, sont laissées à la seule appréciation de chacun des acteurs culturels de façon isolée.

Ensuite, on peut constater qu’il existe une réelle difficulté de l’action publique à concevoir son rôle comme relevant d’une logique d’actions territoriales et pas seulement comme une simple logique de construction d’équipement (même si cette dernière est évidemment essentielle).

Enfin, on peut se poser la question de savoir si, à terme, cet éparpillement de l’action publique ne deviendrait pas synonyme de gaspillage.

Face à ce constat, il serait urgent d’engager une dynamique de coopération culturelle territoriale au niveau de la métropole francilienne en mettant en place une structure de concertation, légitime auprès de tous et de créer les outils de dialogue et de concertation entre les pouvoirs public, les professionnels et les publics. Celle-ci travaillera autour de quatre idées forces : réaliser un diagnostic précis de l'état de la culture en Ile-de-France, proposer des pistes d'aménagement culturel du territoire cohérentes  et enfin, développer l’interrégionalité, française et européenne.

Tout doit donc être fait pour qu’une politique culturelle de coopération ne reste pas un vœu pieux en Ile-de-France. Au-delà du débat, certes essentiel, sur qui en sera le chef de file, il est certain que pour articuler l’action publique, on ne peut s’appuyer sur une seule parole descendante. Il faut donc concevoir un projet qui fasse appel à ce qui est commun entre les acteurs eux-mêmes sur un certain nombre de sujets. C’est aussi une question de méthode dont il s’agit. La réforme territoriale, de 2014/2015, va amener de forts bouleversements dans beaucoup de domaines d’interventions publiques et plus particulièrement dans ceux de la culture. La puissance publique aura alors besoin d’outils de régulation et de concertation.

Nous proposons que soit créée une Agence Culturelle, structure de gouvernance technique de la culture en Ile-de-France, en partenariat avec Paris Métropole. Cette entité devra se concevoir comme un outil au service des principales collectivités d’Ile-de-France (Région, ville de Paris, Conseils généraux) qui la composeraient et de l’Etat. La légitimité de son intervention devrait avant tout venir de la technicité de son intervention et non pas d’une quelconque autorité administrative.

Dans ce cadre, outre les missions d’observation, de conseil et d’accompagnement des acteurs culturels décrits plus haut, elle pourrait se voir confier des missions de gestion de dispositifs expérimentaux que l’Etat ou les collectivités territoriales ne peuvent ni ne souhaitent porter. La souplesse d’intervention d’une telle structure pourrait être mise au service de l’innovation, de l’expérimentation et de l’action transversale dont les acteurs culturels ont tant besoin. Ce pourrait être aussi un endroit de réflexion et de proposition nouvelle dans le domaine de la culture en dépassant les clivages entre art populaire et élitiste, entre professionnels et amateurs…

Cette agence culturelle devrait se voir confier la mise en place un schéma d’aménagement culturel du territoire comme cela est déjà le cas dans certains autres secteurs économiques où existe une intervention forte des pouvoirs publics, notamment la santé ou l’éducation.

 

Eddie AÏT  Frédéric HOCQUARD
Président d’ARCADIi Directeur d’ARCADIi
Conseiller Régional PRG Ile-de-France
Maire de Carrières-sous-Poissy (78)

 

[i] Etablissement Public de Coopération Culturelle de la Région Île-de-France, et de l'État

 


 
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