• Carrières - 5
bandeau

Entorses sur les terrains

  Samedi, 03 Novembre 2012 13:00
Revue de presse / Carrières-sous-Poissy

lepointDimanche 19 août 2012, Samir Nasri a célébré d’une curieuse façon son premier but de la saison pour Manchester City, champion en titre de la Premier League. L’international français a soulevé son maillot bleu pâle pour révéler une inscription floquée sur son tee-shirt : « Eid Mubarak ». Traduisez : « Bonne fête de l’Aïd ». Un message à ses « frères musulmans » en cette fin du ramadan, suggérera plus tard l’ancien milieu de terrain de l’OM. Au mépris des textes et des principes de laïcité dans les compétitions sportives. Samir Nasri, né à Marseille dans une famille d’origine algérienne, exprime sa foi sur les terrains de football. Il n’est pas le seul. De nombreux sportifs se signent, par exemple, en entrant sur le terrain.

En France, le sujet dérange, les regards se font fuyants et les réponses exigent la condition d’anonymat. « Ce n’est un secret pour personne que la religion islamique joue un rôle grandissant dans le foot, glisse un éducateur d’un club de Seine-Saint-Denis. Et cela, à tous les niveaux de la hiérarchie. » Des rangs amateurs, donc, jusqu’à l’équipe de France.

En juin 2010, l’ancien international Vikash Dhorasoo jette un pavé dans la mare, en pleine Coupe du monde, en révélant une indiscrétion soufflée par le diététicien des Bleus : un buffet halal serait imposé à l’ensemble de l’effectif. Une décision prise par Raymond Domenech dans l’espoir d’éviter « certaines tensions entre les joueurs ». Selon un reporter français présent en Afrique du Sud, « les musulmans avaient pris le pouvoir au sein du groupe, Ribéry, Anelka et Evra en tête ». Les autres ont cédé sans résister. Une cassure que le gardien de but, Hugo Lloris, résumera en ces mots : « Je ne me reconnais pas dans cette équipe de France. »

L’information n’a pas été confirmée sur le moment. Mais Laurent Blanc, successeur de Raymond Domenech à la tête des Bleus, l’a fait peu après sa prise de fonctions. Fin août 2010, il annonce sur le plateau de « Stade 2 », avec un naturel confondant, la fin du halal obligatoire en équipe de France. « Il y aura un buffet, comme on a l’habitude de l’avoir en club, mais avec des différences, car je respecte toutes les religions, explique le sélectionneur. Notamment, il n’y aura pas de porc. » La laïcité n’est pas plus respectée chez les amateurs. Un joueur non musulman d’une équipe des Hauts-de-Seine raconte être contraint de s’adapter aux horaires des entraînements, réglés sur ceux des prières.

lepoint_1nov2012Un coach, en Seine-Saint-Denis, explique devoir composer avec le ramadan : « Une fête religieuse n’est pas un motif de non-convocation d’un joueur. Je procède donc comme d’habitude, mais en ne sachant jamais lesquels viendront au match. Et il m’est arrivé de subir des pressions pour titulariser des musulmans, alors que je savais que le jeûne les éprouvait physiquement. »

A Carrières-sous-Poissy, dans les Yvelines, le maire (PRG), Eddie Aït, a dû intervenir pour empêcher les joueurs de l’équipe locale de transformer le terrain municipal en lieu de prière. « Un riverain nous avait alertés après avoir assisté de sa fenêtre d’immeuble à des manquements aux respects de la laïcité, dit-il. Les jeunes priaient avant, et surtout après les matchs, sur la pelouse. Nous avons dû les rappeler à l’ordre. Ils ont compris. Il n’y a pas eu de tension. »

Dans une commune du même département, un dirigeant raconte avoir vu les effectifs de l’équipe de filles ne plus compter de musulmanes, faute d’avoir pu dénicher un entraîneur féminin. Au sommet de l’édifice, la résistance s’organise. En juillet, la Fédération française de football a freiné des quatre fers face à la décision de la Fifa d’autoriser le port du hidjab dans les compétitions internationales. Elle a maintenu son interdiction du voile islamique dans les matchs nationaux et en sélection, invoquant « le souci de respecter les principes constitutionnels et législatifs de laïcité qui prévalent dans notre pays et qui figurent dans ses statuts ». Frédéric Thiriez, le président de la Ligue de football professionnel, a pris la plume dans les colonnes du Figaro. « Légitimer aujourd’hui le port du voile sur les terrains, écrit-il, c’est infliger un terrible désaveu à tous ceux, hommes et femmes, qui se sont battus depuis des années pour l’universalité du sport et pour l’émancipation de la femme. »

Télécharger l'article au format PDF

Source : Le Point - Edition du 1er novembre 2012


 
Plus d'info